L'intimité que je me refuse
"Nos fantaisies sexuelles parlent de nous, à la façon détournée des rêves. Elles ne disent rien sur ce que nous désirons voir arriver de facto. (...) Pourtant, ma libido est complexe, ce qu'elle dit de moi ne me fait pas forcément plaisir, ne cadre pas toujours avec ce que j'aimerais être. Mais je peux préférer le savoir, plutôt que tourner la tête et dire le contraire de ce que je sais de moi, pour préserver une image sociale rassurante." Virginie Despentes - King Kong Theorie
Tw : sexualité, angoisses, anxiété sociale, mentions de pratiques sexuelles.
1- Le début, où l'on se justifie.
S'il y a un sujet qui n'a pas trop évolué depuis le projet de podcast, c'est bien celui-là. Au point que si je suis en train d'écrire cet article, c'est bien parce que je suis plongée dans une énième crise d'angoisse liée à la sexualité et au désir.
Le postulat de base est simple : j'aime le sexe et la sexualité.
C'est un sujet que j'aime discuter, penser, pratiquer, sans préférence de faire l'un plutôt que l'autre. Je suis l'ancienne co-fondatrice d'un collectif de Sexualité Positive. J'ai côtoyé le milieu libertin et j'ai la nostalgie des clubs. J'aime et j'ai expérimenté une très large gamme de pratiques, et celles que je n'ai pas encore essayé m'attirent. Sans en faire mon quotidien, j'aime le BDSM quel que soit mon rôle.
Il n'y a pas de pratique ou de kink que je trouve honteuse. J'adore essayer, expérimenter, explorer tout, du moment que c'est un moment de partage et d'échange sincère. Et j'adore ressentir l'excitation bienveillante et sans honte d'un désir partagé. Au point que j'ai l'impression qu'absolument TOUT peut être terriblement excitant à partir du moment où c'est partagé avec la bonne personne. Et j'ai un paquet de fantasme encore non-réalisés et c'est une perspective agréable.
D'ailleurs, avec ma relation de vie, j'ai une vie sexuelle aussi épanouissante qu'il est humainement possible depuis 15 ans. Du désir et de l'excitation. De l'exploration, de l'écoute et du partage. Avec cette impression que cela ne cesse de se renouveler et de brûler plus fort.
J'ai aussi pu expérimenter la sexualité à trois, quatre ou cinq personnes, et avoir régulièrement envie de recommencer.
Sur d'autres facettes de la chose, je suis militante au Planning Familial car je considère important que tout à chacune ait le droit à une vie intime riche, sûr et épanouissante.
Qu'elle soit récréative, connectante, amoureuse, libidineuse, j'adore la sexualité.
2 - Le moment où les choses se compliquent.
Et pourtant, s'il y a aujourd'hui un sujet qui peux me retourner le bide, me plonger dans des crises d'angoisses profondes, et me faire me détester moi-même, c'est bien la sexualité.
Je suis dans la situation paradoxale où j'ai fait d'énormes efforts pour la prophylaxie (j'adore utiliser des safer, je suis vaccinée contre l'hépatite, je prends la Prep au besoin, etc.), mais où je fuis la moindre interaction sociale depuis 1 an.
Ma sexualité avec d'autres personnes oscille régulièrement entre déconvenue, peur et malaise. Mettez moi quelque minutes seule avec un•e partenaire potentiel•le et je serais au bord des larmes. Je deviens muette comme une tombe, incapable de partage et de connexion. Et quand j'y arrive malgré tout, j'ai l'impression d'avoir déplacé des montagnes, j'en ressors épuisée mentalement et émotionnellement.
Je sais qui je suis et de quoi j'ai besoin. J'ai besoin de confiance, de communication et d'accueil bienveillant inconditionnel. J'aurais grand plaisir à avoir plus de rencontres éphémères mais je m'épanouie pleinement dans les connexions qui prennent le temps. J'ai une soif d'exploration et de partage, j'ai envie d'être nourrie des expériences des autres, les écouter et les célébrer. Même avec mes relations, j'ai envie de cette connivence et de cette compersion à les savoirs heureux•euses, épanouies, attirées par d'autres.
Et pourtant, je ne laisse aucune place à tout cela, dévorée par mes angoisses. Dévorée par cette impression d'être qu'une petite fille perdue, de ne pas être attirante, de gâcher tout avec mes doutes, d'être chiante et pas fun.
Combien de fois par jour je me dis que les gens passeraient un meilleur moment avec quelqu'un d'autre que moi. Que c'est une erreur. Qu'iels méritent bien mieux que moi.
"Désolé, vous vous êtes trompé, pour les personnes queer as fuck, fun et qui dépote tout au lit voyez plutôt avec mes relations, elles sont bien mieux que moi."
J'ai une envie terrible de m'aimer, d'être fière de moi et de pouvoir compter sur moi pour me lancer dans de folles aventures. Et le fait est que je sois extrement fière de moi dans d'autres domaines ne suffisent pas à calmer mes angoisses.
Je suis le genre de personne qui rêve de pécho avec son amoureux•euse ou d'être draguée à une soirée, mais je me préfère me tirer une balle dans le pied plutôt qu'approcher une soirée justement.
3 - On pointe du doigt une coupable.
Ce mécanisme porte un nom : l'anxiété sociale. Et s'il m'est difficile de passer un coup de fil ou de demander conseil à un•e vendeur•euse, cela atteint des sommets quand il s'agit de sexualité.
Donc, tout en ayant quasiment des pensées obsessionnelles sur le sujet, dans les faits :
- Je fais tout pour éviter qu'une (ou plusieurs) personnes puissent me porter de l'attention. Je fuis les regards, les situations de drague, etc. Je panique en cas de signaux flou. (Et ils le sont tous pour moi...)
- Je suis dans une peur perpétuelle d'etre jugée négativement. Je suis même persuadée que c'est le cas, et je préfère ne pas demander. Cela dépasse la simple performance.
- J'ai peur de me comporter de façon embarrassante, au point de ne rien oser parfois. J'ai souvent honte de mes gestes ou de mes mots.
- Je m'attends au pire de ma part à chaque fois que je suis dans une situation de drague, désir, sexualité.
- Enfin, et c'est sûrement le plus compliqué, mon anxiété et l'énergie dépensée dans les stratégies d'évitement viennent la plupart du temps saboter mon désir. Il m'arrive régulièrement de ne pas être capable de savoir si j'éprouve du désir pour une personne ou dans une situation. Ce qui n'aide pas, car j'ai peur de passer pour une allumeuse qui n'assume pas.
Bref, c'est comme avoir une passion pour escalade et une phobie des hauteurs dès qu'on monte sur une chaise. Et ça n'aide pas à se sentir sexy.
C'est un sujet qu'on a pas encore abordé mais la transidentité vient rajouter encore de la complexité à cette affaire. Et me déprécié à un endroit où je devrais être fière de moi. Ma sexualité à jamais été aussi peu hétéronormée et cette queerness m'émerveille autant qu'elle m'isole.
Le fait est que je sois une meuf avec un corps sexuel de mec ne pose aucune barrière, au contraire cela ouvre des perspectives incroyables d'explorations et de plaisir. Qu'elle richesse incroyable. Je peux faire et kiffer tout ce qu'on attends d'un mec, d'une meuf, d'une personne, de moi. Je suis le point d'équilibre et j'ai accès à tout sans aucune honte.
En même temps, mon désir s'envole loin dès que quelqu'un pose sur moi des attentes genrées. Je ne suis ni le mec dominant, ni la meuf lassive de personne. Et c'est souvent très difficile de le faire comprendre, dans un monde où les normes de genre sont omniprésentes.
4 - Où j'essaye de conclure (lol)
Il ne me reste plus qu'à croire ce que je dis. À m'aimer et me désirer. À me prendre dans mes bras, me soutenir et me pousser vers les autres.
Faire preuve de l'accueil bienveillant inconditionnel que je ressens quand je vois quelqu'un•e de nue devant moi.





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