Coming-out



 "Les symboles donnent de l’espoir aux gens. Mais j’ai appris qu’ils sont une menace au véritable changement. C’est l’occasion pour les puissants de dire : « Regardez tout le chemin que vous avez parcouru ! » plutôt que : « Regardez tout ce temps où nous vous avons bloqué la voie ! »" George M. Johnson

Il y a un an, jour pour jour au moment où j'écris ce texte, je faisais mon coming-out sur Facebook, auprès d'un public choisi. 

Ce petit mot composé, directement importé de l'anglais, est sûrement le plus puissant et le plus porteur de sens de notre communauté.

Nous y avons toustes été confronté d'une façon ou d'une autre. Comme une étape, un acte fondateur, une porte à jamais close, une banalité, une résistance, une révolte, une affirmation, un deuil. 

C'est l'expérience la plus commune et partagée par les personnes qui vivent en dehors des normes de genre dictées par la société. Et pourtant, c'est également le moment où nous sommes le plus seul, face à nous-même. 


- Réaliser que tu es vraiment une fille.
- Commencer à se sentir plus à l'aise dans la vie.
- Réaliser que tu dois faire ton coming-out.

1 - Avant de sortir, il faut savoir où l'on est enfermé. 

Comme beaucoup de personnes avant moi, j'ai été cet enfant dans le placard. Ma vie, mon existence, n'est jamais allé de soi. J'ai toujours été une anomalie du système, un peu trop différente, jamais tout à fait ce qu'il fallait. 

Mon placard était le genre bien plus que l'orientation amoureuse. J'ai été assigné garçon à la naissance, c'est-à-dire que sur la base de mon appareil génital, il a été décidé que toute ma vie, je devrais me conformer à des stéréotypes brutaux, quelles que soit mes envies, mes inspirations, mon caractère. De façon arbitraire, on m'a fait entrer dans une case imaginaire sur laquelle tourne le monde. 

Pour faire de moi un homme, on a essayé de briser mon humanité, on m'a coupé de mes émotions, on m'a rendu incapable d'empathie et de congruence. "Les garçons cela ne pleure pas", "les garçons ne se maquillent pas", " Les garçons ne se cachent pas pour lire dans un coin, ils courent et crient", "les garçons ne prennent pas soin", "les garçons n'aiment pas les enfants, ils ne font pas les bébés", "les garçons s'imposent, occupent l'espace, écrasent, se battent", etc. 

Et je n'ai jamais réussi à être un homme. 

Ce placard, je n'ai pas choisi d'y être. Même si avec le temps, il a pu devenir un refuge, il m'a été imposé. Par la force et la violence. Par la brutalité du quotidien. Par l'implacable puissance des normes. Et quelles que soit mes tentatives pour m'y conformer, j'échouais toujours. 

Je n'ai fait que m'emparer de ce petit espace caché pour vivre au mieux. Espérer être en sécurité et pouvoir vivre comme je l'entendais dans ce minuscule endroit. J'ai fini par m'y habituer, à croire que c'était la normalité, que nous vivions toustes ainsi. 

C'était un placard de Shrödinger, une existence que je niais et que je pensais mériter de subir, tout à la fois. 

Le jour où j'ai compris que je vivais dans un placard, j'ai été prise de vertige. C'était comme une longue chute, où je me répétais "jusqu'ici tout va bien". Cela m'a pris des années pour comprendre ce que je vivais. Et aujourd'hui encore, je ne comprend pas tout. Mais une fois que j'avais commencé à arpenter le chemin, il n'y avait plus de retour en arrière possible, et tout mon passé s'est soudainement éclairé d'une vive lumière. 

Une femme trans qui se voit habillée comme elle le désir pour la première fois.

Il est impossible d'imaginer comprendre ce qu'une personne peut ressentir dans ce genre de moment sans l'avoir vécu soi-même. Si vous n'avez jamais été dans le placard, rien ne peux approcher cette expérience de vie. Ce que j'ai vécu m'a déchiré le cœur, tordu les boyaux, fait pleurer à en perdre la vue. Et ce fut le plus beau jour de ma vie. 

Je ne suis pas du genre à me souvenir où j'étais ou ce que je faisais quand cette révélation m'est venu. Mais je me souviendrais toujours de la joie indescriptible qui m'a traversée. 

2 - Oser pousser la porte. 

Une fois que j'ai pris conscience de qui j'étais, j'ai également pris conscience de la violence avec laquelle la société refusais mon existence. Il n'existe pas de réponse universelle à cette problématique. Une des réponses possible est le coming-out. Ce n'est pas la seule, et nombre de personnes enfermées dans le placard ne ferons jamais de coming-out, par nécessité ou par choix. Il n'y a nul mal à vivre dans le placard toute sa vie, si cette pièce nous protège ou nous réconforte. Certaines personnes arrivent à pousser les murs, et en faire un espace de vie accueillant, heureux et confortable pour elles.

Quelque soit ce qu'on pense de ce mot, il n'est rien d'autre que l'affirmation de notre existence. Lorsque j'ai écris mon coming-out il y a un an, j'ai parlé de beaucoup de chose, et j'ai longuement écrit. Mais j'aurais pu résumer les chose à cette simple phrase. "J'existe, c'est ainsi, et vous n'y pouvez rien."

Le coming-out est un élan vital, car chaque jour la société refuse que j'existe. Pendant 30 ans, j'ai été sous le poids d'une étiquette et d'une vie qu'un m'avait été imposée de force, dans la violence, sans mon consentement. Cette norme nous broie, de façon indifférente. Cette norme à failli me tuer, plus d'une fois. Et aujourd'hui encore je pense parfois que le monstre que je suis n'a pas sa place ici. 

Mon coming-out n'était pas une demande pour être accepté des autres. Ce n'était pas des explications, de la pédagogie. Ce n'était pas pour me démarquer.

Le coming-out est la pour porter tout haut ce que la société nous crache dans l'ombre. 

- Tu es trans.
- Mais si je me mentais à moi-même ? 
- Aucune personne cis rêve de devenir une personne d'un autre genre. 


3 - On ne termine jamais vraiment un coming-out. 

Pour l'avoir vécu, il est déjà infiniment lourd de porter une orientation sexuelle ou amoureuse qui diverge de la norme. Si vous êtes asexuel, pédé, gouine, bie... La société vient vous juger jusqu'à votre intimité. 

C'est là le paradoxe du CO. Beaucoup de personnes dans la norme ne comprennent pas pourquoi on vient porter sur la place public ce qu'on fait dans notre intimité. Pourtant, c'est l'inverse qui se produit chaque jour. Chaque jour la société s'immisce jusqu'à mes moments les plus intimes, les plus personnels, pour m'écraser de normes. J'ai déjà été nié par un amant que j'avais tenu dans les bras quelques instants plus tôt. Sans autre public que nous même, sa honte à été plus forte. 

J'ai déjà pleuré de honte en voyant dans la glace mon visage maquillé, mon corps habillé, en pensant au monstre que j'étais. Qui peux m'accepter si moi-même je ne m'acceptais pas. 


Alors oui, parfois, certain•e•s d'entre on besoin de gueuler à la face du monde qu'on existe et qu'on est fière. Qu'on ne vas pas se cacher, être polis, vous expliquer. On ne vas pas attendre, ne pas faire de vague, éviter les sujets qui faché. 

On va simplement prendre l'espace que l'on mérite pour vivre notre vie. 


Cet article appel au moins une suite, qui s'intitulera sûrement "Je ne serais jamais plus un homme" et qui s'intéressera plus en détail à ma transidentité. C'est un article compliqué, je ne sais pas combien de temps cela me prendra pour l'écrire. C'est un sujet compliqué à rendre clair et compréhensible, en partie parce que je ne suis pas complètement au clair avec moi-même. 

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